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| Philosophie - Textes | |
| Vendredi, 14 Août 2009 01:02 | |
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A chaque fois qu’un malheur arrive, notre premier réflexe est de chercher le responsable. Que ce soit les immigrés, les patrons, les juifs, les gauchistes, les américains, les religieux, les intellectuels, les banquiers, une organisation secrète, etc. Chacun trouve un bouc émissaire à son goût. Et si le monde était plus complexe que ça ? La liberté n’existe pasImaginons quelqu’un qui, menacé par un pistolet sur la tempe, est forcé de commettre un délit. Aucun tribunal ne le considèrerait comme responsable du délit, puisqu’il n’avait pas le choix. La responsabilité individuelle vient donc de la liberté présumée de l’auteur du délit. On ne peut punir quelqu’un d’un acte qu’en considérant qu’il aurait pu faire autrement. Or, aucun philosophe n’a jamais pu démontrer ou se situait la liberté humaine. En neurobiologie, on sait que toutes nos décisions sont le fruit de réactions chimiques et électriques situées dans notre système nerveux, et principalement notre cerveau. Ces phénomènes, comme tous les phénomènes physiques, ne doivent rien au hasard mais suivent des lois précises, en fonction de l’organisation de notre cerveau. Les structures particulières de chaque cerveau (c'est-à-dire les connexions entre les neurones) sont en partie déterminées génétiquement à la naissance (la partie instinctive), et pour le reste sont le fruit de l’expérience (éducation, évènements, rencontres, réflexions…). Les mécanismes par lesquels on apprend sont aussi de plus en plus dévoilés par la psychologie expérimentale, par la sociologie, etc. Où là aussi, des lois précises déterminent l’influence d’un évènement ou d’un groupe social sur un individu. Qu’on le prenne de n’importe quel côté, on ne peut donc tenir pour responsable quelqu’un d’être ce qu’il est, puisque c’est le résultat logique de la génétique et de l’expérience qui l’ont façonné. Même si l’on croit en Dieu, on ne peut être responsable de ce qu’on est, puisque c’est Dieu qui a décidé de ce qu’on est. Si je prends une décision particulière, c’est toujours parce que c’est la décision que je devais forcément prendre dans une telle situation, étant donné que je suis moi. Pour que je prenne une autre décision, il aurait fallu que je sois quelqu’un d’autre, ou que je sois dans une autre situation. Et comme je ne suis pas responsable de ce que je suis, je ne peux pas être responsable de ce que j’ai fait. En résumé, la liberté individuelle est une illusion, et donc la responsabilité individuelle aussi. Mais dans ce cas, qui est responsable ? Responsabilité collectivePour ce qui est de la génétique, on ne peut trouver aucun responsable, à part éventuellement Dieu, s’il existait (et si c’est le cas espérons qu’il a une bonne excuse). Pour ce qui est de l’expérience, on ne pourra accuser personne non plus des phénomènes naturels et autres évènements imprévisibles qui façonnent une vie et une personnalité. Il va donc déjà falloir accepter l’idée que certains évènements n’ont aucun responsable. Il n’y a par exemple personne à accuser d’une éruption volcanique. Mais l’homme est un animal social, et depuis l’origine des civilisations, ce qui est à l’origine de la grande majorité des expériences que l’on vit au cours d’une existence, c’est la société dans laquelle on grandit. Notre entourage, notre culture, l’état de dégradation de la planète, les guerres, les paix, les avancées scientifiques et techniques, les élections, etc. sont le produit des actions de la totalité de l’espèce humaine. C’est donc bien la société toute entière qui est la principale responsable des actions de chacun de ses membres, puisque c’est la société qui a déterminé en grande partie la personnalité et donc les actions de chaque humain y vivant. Du coup, s’il n’y a pas de responsabilité individuelle, on peut par contre parler d’une responsabilité collective. Et comme chacun d’entre nous est un élément de cette société, il semble donc évident que chaque évènement dramatique devrait pousser la société toute entière, c'est-à-dire chacun d’entre nous, à se remettre en question. Renverser le raisonnementPrenons, un exemple, le plus flagrant. Hitler a théorisé, ordonné, organisé des guerres, des épurations ethniques, sociales, sexuelles. Il est facile d’en conclure qu’Hitler est le seul responsable de tout ce malheur, et c’est d’ailleurs la conclusion d’une bonne part de la population mondiale à l’époque, ce qui leur permit d’éviter de se remettre en question1. Pourtant, jamais il ne serait parvenu à provoquer ces horreurs si la majorité des peuples allemands, autrichiens, français, etc. ne l’avait soutenu. Hitler n’a jamais mis un seul juif de ses propres mains dans une douche. Combien a-t-il fallu d’intermédiaires dociles, de témoins muets, de collaborateurs plus ou moins actifs, et même de résistants maladroits ou d’opposants hésitants, pour que la Shoah puisse exister si longtemps ? Combien de votes et de soutiens extérieurs ont simplement permis à Hitler d’arriver au pouvoir ? Combien de personnes ont du encourager ou humilier le petit Adolf, lui enseigner la violence, la stratégie militaire, l’antisémitisme pour qu’il devienne le futur dictateur sanglant que l’on connait ? Les lobbies agressifs ont encouragé Hitler, les lobbies pacifistes l’ont laissé faire… On oublie trop souvent que la Shoah n’est jamais que l’aboutissement logique des siècles de persécutions des juifs, de pogroms en Europe et d’antisémitisme chrétien qui l’ont précédé. Depuis 1929, les peuples du monde entier cherchaient des responsables à la crise, et Hitler leur a fournit les Juifs, les communistes, les tziganes, les homosexuels… Il était facile de faire l’amalgame, puisque depuis longtemps on prétendait que les juifs contrôlaient la finance mondiale (des accusations qui reviennent aujourd’hui, en temps de crise…) et complotaient pour conquérir le monde. Dans cet exemple, il ne s’agit bien sur pas de considérer que chaque personne dont un des actes a aidé indirectement ou directement Hitler est à assimiler à Hitler, mais simplement de constater qu’il est ridicule de se contenter de punir les coupables directs et de croire avoir résolu le problème. C’est l’état de l’humanité dans son ensemble au début des années 20/30 qui a aboutit à l’émergence des différents fascismes puis à leurs conséquences désastreuses. Oui, certaines personnes dans le monde ont pour ambition de le contrôler, le manipuler, l’organiser de force selon le modèle qui leur plait. Mais ils sont multiples et contradictoires. Bush, Ben Laden, Rockefeller, Bouygues, Benoît XVI, Sarkozy, Kim Jong Il et de nombreux autres veulent tous faire plier le monde à leur volonté, mais heureusement, leurs intérêts étant parfois contradictoire, aucun d’entre eux n’a encore de pouvoir absolu sur la planète. De nombreux autres dictateurs ou PDG en herbe attendent leur heure, même au fin fond des pays les plus pauvres et inconnus, mais jamais ils ne pourront le faire sans le soutien passif ou actif de la majorité des êtres humains de cette planète. Il suffirait qu’on arrête d’accepter les rondelles de métal, les bouts de papier et les chiffres écrits sur des ordinateurs qu’on appelle l’argent comme ayant de la valeur pour faire s’écrouler instantanément le capitalisme. Il suffirait d’arrêter d’obéir pour faire s’effondrer tous les pouvoirs. Arrêtons donc de vouloir trouver les soi-disant responsables de nos malheurs. Si cette société fabrique des crimes, des délits, des tyrans… alors changeons la société. notes
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| Mise à jour le Lundi, 24 Août 2009 22:50 |





