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Pour ou contre la liberté ? Imprimer Envoyer
Philosophie - Textes
Mercredi, 14 Septembre 2011 13:22

Les libéraux, et à leur suite toute la clique des convertis au "réalisme , des anciens fascistes (Devedjian) aux anciens trotskystes (Jospin), les anciens gaullistes (Sarkozy), les anciens sociaux-démocrates (Hollande) , les anciens communistes (Kouchner) les anciens démocrates-chrétiens (Bayrou) ou les anciens anarchistes (Cohn-Bendit) s’accordent à dire qu’il faut plus de liberté, du moins dans le domaine économique.
De leur côté, et sous la pression des premiers, les purs et durs, les gardiens du temple de l’antilibéralisme de gauche et de droite ne sont pas loin d’avouer (honteusement), que oui, ils sont plutôt pour moins de liberté, du moins dans le domaine économique. Heureusement que je suis là pour les contredire  !

Soyons clairs  : nous sommes bien d’accord, les libéraux, les antilibéraux et moi pour parler ici de la liberté politique, c'est-à-dire la quantité de droits accordés à chacun, et pour être plus précis, la quantité de choses qu’on ne lui interdit pas de faire par une loi. Il ne saurait être question de liberté philosophique, qui est une autre paire de manche comme je l'ai expliqué dans un autre article.

Mais revenons à nos moutons. On suppose donc comme une évidence, de part et d’autre que l’on peut évaluer la quantité globale de liberté donnée à un groupe d’individus et en ajouter ou en retrancher une louche sans jamais se demander d’où l’on sort et ou l’on range cette quantité de liberté supplémentaire qu’on donne ou qu’on prend. Il y a ceux qui veulent plus de liberté, ceux qui en veulent moins, et il faut choisir son camp. Sauf que ça ne marche pas comme ça.

Quelle liberté pour qui  ?

Mettons que je retire à Mr X le droit de décider ou il va, par exemple en l’emprisonnant. Mais le droit de décider ou Mr X ira, si Mr X ne l’a pas, c’est parce que quelqu’un d’autre l’a, qu’il soit juge, gardien ou président.

Je n’ai donc pas supprimé un droit, j’en ai juste changé le bénéficiaire. Au final quel que soit le régime, la loi ou les gens aux pouvoirs, quelqu’un aura toujours le droit de décider ou Mr X ira, que ce soit Mr X lui-même ou quelqu’un d’autre. Lorsqu’on retire ce droit à Mr X, on ne peut pas faire autrement que de l’accorder à quelqu’un d’autre.

Il arrive aussi qu’on interdise quelque chose à tout le monde à la fois. Par exemple, en France, personne n’a le droit de tuer un autre être humain1. Mais si l’on interdit à tous le droit de tuer, c’est pour garantir à tous un autre droit  : le droit de vivre. On ne peut pas garantir à chacun ces deux libertés simultanément (de tuer et de vivre) au sein d’une société. Il faut donc faire un choix.

Dans un cas comme dans l’autre on voit donc qu’il est absurde de prétendre augmenter ou réduire la quantité globale de liberté. Tout ce qu’on a changé, c'est à qui l’on accorde plus ou moins de liberté, ou le choix entre une liberté et une autre. Quel que soit le modèle de société et les décisions politiques, la quantité globale de liberté accordée aux gens sera donc strictement la même. La différence entre les idéologies politiques ne peut donc être que dans la répartition des libertés, c'est-à-dire en fait, la question de l’égalité.

Obligation de choix

Contrairement aux idées reçues2, l’égalité et la liberté ne sont donc pas en opposition, en augmentant l’égalité on ne réduit pas les libertés On ne fait que les répartir égalitairement, ce qui signifie que la liberté sera partagée entre plus de gens, donc la majorité des gens gagneront en liberté, là ou une minorité en perdra. Par exemple, lorsqu’on décide de garantir à chaque personne le droit de décider ou il va, on interdit du même coup aux dirigeants de les enfermer selon leur bon vouloir. On a donc enlevé des libertés aux quelques personnes qui détiennent le pouvoir pour en accorder à tous les autres (qui sont bien plus nombreux évidemment).

Lorsqu’on doit choisir entre deux libertés, comment fait-on  ? Eh bien on décide laquelle est la plus valable, importante. Par exemple, on considère que la liberté de vivre est préférable à la liberté de tuer (étrange non  ?). C’est donc bien qu’il y a des libertés souhaitables et d’autres moins (voire nuisibles). Ça n’a donc absolument aucun sens de se dire «  pour la liberté  » en général, il faut énoncer celles qu’on veut défendre et celles qu’on veut combattre.

Le communisme n’est donc pas moins (ni plus) attaché à la liberté que le libéralisme, l’anarchisme, le conservatisme ou même le fascisme3.

Libéraux, libertaires et autres groupies de la liberté

Lorsque le libéral se dit partisan de la liberté, il veut développer la liberté d’entreprendre, d’embaucher et de licencier, la liberté de boursicoter, la liberté de profiter seul de son argent (en refusant les impôts), la liberté d’acheter des produits venant du monde entier pour pas cher, etc.

Or toutes ces libertés, lorsqu’elles sont accordées, reviennent à réduire ou abroger en pratique d’autres libertés. En vrac  : la liberté de vivre dignement sans problème pour manger, se loger, se vêtir, la liberté d’avoir un travail stable, la liberté de faire des économies sans risquer de tout perdre dans un krach boursier, la liberté d’avoir des services publics pour éduquer ses enfants gratuitement ou se soigner gratuitement, la liberté de respirer un air pur, de se balader dans des campagnes propres, de continuer à avoir de la neige en hiver4

A contrario, lorsque le libertaire se dit partisan de la liberté, les libertés qu’il souhaite privilégier correspondent quasiment à celles que le libéral souhaite négliger et vice-versa.

Quant au «  libéral-libertaire  »5 à mon avis il ne doit pas bien savoir ce qu’il défend  !

Je ne détaillerais pas les autres idéologies, mais c’est le même principe…

Bref les libéraux, les libertaires et les autres n’en sont pas moins légitimes à dire qu’ils défendent les libertés individuelles, bien qu’ils devraient plutôt dire qu’ils défendent DES libertés individuelles…contre d’autres libertés individuelles.
Mais tout de suite ça fait moins classe.

notes

  1. Pour simplifier on va dire personne, même si dans les faits les militaires, les agents secrets et même les flics dans certains cas on le droit de tuer [retour]
  2. En fait des idées libérales ayant pénétré les esprits un peu partout [retour]
  3. Le fascisme ne supprime pas les libertés, mais les accordes toutes à un seul homme (et éventuellement ses amis) [retour]
  4. Eh oui, avec le réchauffement climatique la neige risque de se raréfier  ! [retour]
  5. Le libéral-libertaire est un concept forgé à postériori par certains anciens de Mai 68 pour décrire leurs idées de l'époque, façon de ne pas assumer qu'ils étaient libertaires (ou maoïstes, ou trotskystes) à l'époque et sont devenus libéraux par la suite, bref, qu'ils ont trahi leurs idéaux (A supposer qu'ils aient été sincères à la base). Le premier à avoir forgé le concept est le plus grand retourneur de veste de Mai 68 : Daniel Cohn-Bendit. [retour]
Mise à jour le Mercredi, 14 Septembre 2011 15:14