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| Les antisémites, les islamophobes et les autres… |
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| Philosophie - Textes | |||
| Mercredi, 23 Novembre 2011 06:38 | |||
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Encore une fois, avec la publication du numéro de Charlie Hebdo moqueur envers l’Islam sous le titre de Charia Hebdo, l’incendie de leurs locaux et les réactions qui ont suivi dans tous les médias et sur Internet, on a pu constater à quel point la confusion devient de plus en plus totale chez la plupart des éditorialistes et des gens en général sur les concepts de racisme, blasphème, laïcité, humour, provocation, etc. Depuis des années, sur fond de conflit israélo-palestinien enlisé et importé en France (comme partout dans le Monde), le débat public autour de ces questions devient décidément de plus en plus puant, tant il est difficile de pouvoir s’exprimer librement sans risquer à tout moment de se faire traiter d’antisémite ou d’islamophobe voire se faire attaquer en justice… Bref il est temps d’essayer de clarifier un peu les choses. Ce sera aussi pour moi l’occasion de clarifier une fois pour toutes mes positions sur la religion, le racisme, le conflit israélo-palestinien, dans l’espoir de limiter à l’avenir les présupposé et incompréhensions dont je suis parfois une humble victime parmi d’autres. Qu’est-ce que le racisme ?Selon le Larousse1, le racisme au sens premier, est une « Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie ». Le Larousse cite aussi une deuxième signification, à savoir une « Attitude d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Ex : Racisme envers les jeunes ». La deuxième signification est bien sur une extension dérivée de la première, de plus en plus utilisée à tout bout de champ, et qui a l’inconvénient d’assimiler et mettre au même niveau de gravité toutes les formes d’hostilité envers une catégorie de personne. Cette confusion est d’après moi problématique, car si nous sommes bien sur d’accord pour rejeter toute forme d’hostilité envers une race, je ne suis pas persuadé que toutes les hostilités se valent. J’utiliserais donc dans ce texte systématiquement le mot « racisme » au sens premier du terme, sauf indication contraire. Bien évidemment, tous ceux qui veulent interdire toute forme de critique envers un groupe dont ils font partie trouvent avantage à cette confusion puisque, le racisme étant majoritairement admis comme quelque chose de mauvais, détestable, inacceptable et même illégal, appeler « racisme » l’opinion qui les gêne permet de la faire universellement considérer comme immonde et attaquable en justice. Toute hostilité est-elle du racisme ?Ce qui fait d’abord la gravité du racisme par rapport aux autres hostilités à une catégorie de gens, c’est que l’on juge des gens sur une caractéristique qu’ils n’ont pas choisi (contrairement au look, au comportement, au métier…), qu’ils ne pourront jamais changer (contrairement à l’idéologie, la religion, les coutumes, l’âge ou même le sexe…), qu’ils ne peuvent pas cacher (contrairement à la nationalité, les préférences sexuelles, l’idéologie, certaines maladies…), et qu’on peut envisager d’exterminer ou d’exclure sans se mettre automatiquement soi-même en danger (contrairement au sexe). Enfin, c’est aussi une caractéristique totalement subjective et qui ne se base en fait sur rien de concret (contrairement à l’âge, la maladie…). Une race est en général définie chez les animaux comme une sous-partie de l’espèce2 dont tous les membres ont des caractéristiques communes que n’ont pas les autres membres de l’espèce. Mais comme dans la réalité ça n’existe quasiment pas, on peut aussi de manière plus réaliste dire que la différence génétique moyenne entre deux membres de cette race pris au hasard est plus faible que la différence génétique moyenne entre un membre de cette race et un membre d’une autre race. On trouve de tels cas au sein des espèces animales domestiques3, mais quasiment jamais dans les espèces sauvages, et surtout on n’a jamais réussi à définir par cette méthode des races humaines clairement définies. Pour le dire simplement, en prenant au hasard deux « noirs » et en comparant leurs génomes entiers4, on trouve autant de différences en moyenne qu’en comparant les génomes d’un de ces « noirs » avec un « blanc » ou un « amérindien » par exemple. Il n’existe donc pas de race au sein de l’espèce humaine. La conséquence directe de cette subjectivité est qu’on peut se retrouver classé dans un type de race contre sa volonté, et que le raciste qui souhaite diviser le monde en races hermétiques trouvera toujours le moyen de faire rentrer arbitrairement chaque personne dans l’une de ses catégories préconçues afin de ne jamais être contredit par la réalité. Pour toutes ces raisons, je conteste que toutes les hostilités à une catégorie de personnes doivent être considérées comme aussi graves et dangereuses que le racisme, qui est la seule forme d’hostilité répondant à tous les critères que je viens d’énoncer. Ce qui n’empêche pas d’en condamner et d’en combattre certaines autres (l’homophobie, le sexisme…), mais sans être obligé de tout assimiler en utilisant le même mot simplificateur pour les désigner toutes. A toutes fins utiles, citons quelques hostilités envers une catégorie de personnes qui soit sont très bien acceptées soit sont considérées en général comme moyennement grave : l’hostilité à une sous-culture (les punks, les gothiques…), l’hostilité à une catégorie d’âge (les jeunes, les vieux…), l’hostilité aux gens adhérant à une idéologie (les conservateurs, les socialistes…), l’hostilité à une profession (les paysans, les fonctionnaires, les traders, les politiciens, les militaires…), l’hostilité à une classe sociale (les bourgeois, les aristocrates, les ouvriers, les chômeurs…), l’hostilité entre villes ou pays dans un cadre sportif (l’OM, le PSG et leurs supporters…), etc. Hostilité aux individus ou au concept ?Il faut aussi distinguer l’hostilité à une catégorie d’individu et l’hostilité à un concept auxquels peuvent adhérer des individus. La différence est fondamentale : on peut combattre et même éventuellement faire disparaitre un concept sans violence envers les personnes, lorsque les deux notions ne se confondent pas, c'est-à-dire lorsque cela concerne une caractéristique que l’on peut changer (ou que la personne hostile croit que l’on peut changer). Ainsi ce n’est pas pareil d’être hostile au communisme ou aux communistes, à l’islam ou aux musulmans, à l’homosexualité ou aux homosexuels, etc. Dans les deux premiers cas, on peut très bien imaginer convaincre les communistes ou les musulmans d’abandonner leur idéologie ou leur croyance sans utiliser ni la violence ni la contrainte. Dans le troisième cas, il existe des gens (souvent des religieux conservateurs) qui pensent que l’orientation sexuelle est un choix qu’on peut changer aussi facilement que l’idéologie. Même s’ils se trompent, il n’en reste pas moins qu’ils peuvent du coup envisager de combattre l’homosexualité sans le moins du monde vouloir faire du mal aux homosexuels (au contraire, ils pensent même les « sauver »). Ce n’est donc pas la même chose que d’envoyer les homosexuels dans des camps avec un triangle rose pour les faire mourir en esclaves en punition de leurs préférences sexuelles. A contrario, on ne peut pas faire ce genre de distinction pour une caractéristique qu’on ne peut pas changer. Par exemple il est absurde d’imaginer être hostile au « concept de noirceur » sans être hostile aux noirs. Race, idéologie ou religion ?La caractéristique commune de tous les hystériques de l’antisémitisme, ceux de l’islamophobie, mais aussi la force grandissante des hystériques de la « christianophobie » ou de la « francophobie », c’est la confusion globale savamment entretenue entre la race, l’idéologie, la religion, et la critique de ces trois catégories, qui les pousse à attaquer pour racisme des critiques d’une religion ou d’une idéologie, alors qu’en général, ils sont les premiers à verser dans le racisme pur et dur vis-à-vis de leurs propres adversaires. Il est donc très important de faire la différence.
Peut-on critiquer les religions ?Qu’est-ce qui justifie cette différence de traitement entre l’idéologie et la religion ? Le fait que ces idées soient basées sur l’intuition, la conviction et la « vérité révélée » plutôt que sur des arguments et des preuves rationnelles serait-elle une raison pour s’interdire de les critiquer ? Il me semble plutôt que la logique voudrait le contraire ! Lorsque quelqu’un a une idée qu’il pense vraie et qu’il tombe sur quelqu’un qui la pense fausse, s’il base son idée sur des arguments et des preuves, il peut exposer pacifiquement ces éléments pour tenter de convaincre l’autre. Mais s’il base ses idées sur une conviction personnelle, il n’a d’autre choix que la contrainte et la violence pour faire changer d’avis son contradicteur. C’est pour ça que les religions sont fondamentalement plus dangereuses que les idéologies6 et qu’il me semble essentiel de s’autoriser à les critiquer au moins autant que les idéologies. L’interdiction de critiquer les religions n’a pas toujours été de mise, personne ne s’en privait au moment des grandes luttes historiques pour l’instauration de la laïcité. Cette interdiction vient en fait de la confusion récente entretenue entre certaines religions et des « races » (comme la confusion entre « peuple juif » et religion juive, ou entre musulmans et arabes), et la peur du racisme a conduit à la peur de la critique religieuse. Cette peur n’existait évidemment pas à l’époque ou le débat sur les religions en Occident portait essentiellement sur l’opposition entre catholiques, protestants et athées, puisque tous se considéraient comme appartenant au même peuple malgré leurs divisions religieuses. Pourtant on verra plus loin qu’il n’y a aucune raison que la confusion soit plus grande avec les musulmans et les juifs si l’on prend la peine de s’y pencher. Parfois, on voit des argumentations se voulant ouvertes à la critique des religions, mais uniquement dans le cas ou elle serait « équilibrée ». Il faudrait ainsi s’assurer dès qu’on critique l’Islam par exemple de critiquer dans les mêmes proportions le Judaïsme et le Christianisme7. C’est bien sur une façon en fait d’interdire toute critique d’une religion en particulier en exigeant de se limiter à la critique de la religion en général et donc des caractéristiques communes à toutes les religions. Mais pourquoi devrait-on être obligé de considérer que toutes les religions se valent et ont exactement les mêmes défauts et qualités ? Exige-t-on chaque fois de quelqu’un qui critique le fascisme qu’il critique aussi dans les mêmes proportions le socialisme, le communisme, le conservatisme, l’écologisme, etc. ? Pourquoi quelqu’un n’aurait- il pas le droit de considérer qu’une religion est plus dangereuse ou problématique qu’une autre s’il peut le penser de deux idéologies ? Pour ma part je revendique quelque chose que plus beaucoup de monde n’assume : je suis contre la religion, contre toutes les religions et contre le principe même de la croyance. Je ne suis pas seulement contre les extrémistes ou les fondamentalistes, non, je pense que la religion est dangereuse par nature et qu’il faut tout faire8 pour la faire disparaitre le plus possible des esprits. Au sein de ces religions que je rejette globalement, je n’ai pas peur de penser que certaines religions, dans certaines époques, sont ou ont été plus dangereuses que d’autres, même si actuellement je ne suis pas persuadé de pouvoir établir un classement très précis. On peut dire par exemple que de nos jours, le bouddhisme tue moins que les 3 grandes religions monothéistes9… Mais il est dur d’estimer entre l’Islam qui tue ponctuellement un peu partout dans le monde (par le biais du terrorisme ou de la répression dans les théocraties), le Judaïsme qui tue énormément mais de manière localisée (en Palestine essentiellement) et le Christianisme qui tue massivement mais de façon plus indirecte (en influençant les différentes entrées en guerre des USA par exemple) laquelle des 3 est actuellement la plus dangereuse dans le Monde. Ceci dit ça ne me choque absolument pas si quelqu’un estime pouvoir les départager mieux que moi… L’Islam est-il une race ?Bien évidemment, non. L’Islam est une religion, pratiquée par de nombreuses personnes appartenant à différents peuples. Le pays musulman avec la plus grande population est l’Indonésie (peuplée d’indonésiens donc, et pas d’arabes). La théocratie musulmane que l’Occident considère comme la plus menaçante, à savoir l’Iran, est peuplé de perses, et non d’arabes. Le pays musulman le plus susceptible d’entrer un jour dans l’Union Européenne, la Turquie, n’est pas non plus peuplé d’arabes mais de turcs. Dans tous les pays du Maghreb, il existe une forte minorité berbère, considérés comme les descendants des peuples vivant là avant l’invasion des arabes et de l’Islam avec eux. De nombreuses populations sub-sahariennes sont aussi musulmanes bien que non arabes (Mali, Guinée, Niger, Nigeria…). On peut ajouter qu’il existe aussi des arabes chrétiens, juifs, agnostiques ou athées, et des « blancs » qui se convertissent à l’Islam. Bref, malgré le préjugé courant pour les français10, musulman et arabe sont loin, très loin, d’être des synonymes. Critiquer l’Islam, et même les musulmans ne peut donc en aucun cas être considéré comme du racisme. De la même façon qu’en général je me méfie et me moque des chrétiens et préfère la compagnie des athées ou des agnostiques, je revendique le droit de me méfier et de me moquer des musulmans, et ce quel que soit leur origine ethnique. Si donc il existe une islamophobie, je considère en faire fièrement partie et je défie quiconque d’y voir la moindre trace de racisme. Toutefois, je ne suis pas dupe. Je sais bien que de nombreux racistes utilisent le terme « musulman » comme euphémisme pour dire « arabe » ou parfois « noir » sans (trop) risquer de procès. Mais quel est le problème ? Le fait qu’ils critiquent officiellement l’Islam ou le fait qu’ils critiquent en fait les arabes et les noirs ? Pour moi c’est ce n’est surement pas l’islamophobe qu’il faut condamner, mais le raciste lorsqu’il se cache derrière. Le Judaïsme est il une race ?La question est plus compliquée, mais la réponse est toujours non. D’abord, tout le monde admettra qu’il existe des gens « d’origine juive » athées, agnostiques, voire convertis à d’autres religions. Il existe aussi des gens qui se convertissent au judaïsme même s’ils ne sont pas nombreux de nos jours. La suite est plus polémique… Historiquement, les intérêts convergents des chrétiens et des juifs, puis des théoriciens racistes européens, et enfin ironiquement des théoriciens sionistes, ont construit une histoire du peuple juif en grande partie fictive, peu remise en cause jusque dans les années 1990. On peut résumer cette histoire « officielle » en disant que :
Selon cette histoire généralement admise par la plupart des gens (parce qu’elle arrange tout le monde et non pas à cause d'un quelconque complot) si l’on excepte les miracles les plus improbables, il existe donc une continuité « ethnique » ou « raciale » des juifs depuis l’origine jusqu’à la diaspora mondiale actuelle, ce qui fait des juifs la seule religion à désigner également un peuple. C’est très pratique aussi bien pour les nazis qui veulent les exterminer que pour les sionistes qui veulent récupérer la terre qui fut la leur. En Israël, il existe 2 disciplines pour l’histoire. Il y a d’une part l’histoire des juifs, et d’autre part l’histoire généraliste (qui traite de tout sauf des juifs). La nécessité de séparer les deux disciplines venait en fait des premières fissures dans cette belle histoire (liées aux premières fouilles archéologiques israéliennes) qu’il a fallu colmater car le projet sioniste était principalement justifié par cette histoire des juifs, dans laquelle il fallait éviter que la méthode scientifique des historiens généralistes ne vienne trop mettre son nez. Mais depuis les années 1990, de nombreux historiens généralistes israéliens se sont révolté contre cet état de fait et ont décidé de s’intéresser tout de même à l’histoire de ce qui est sensé être leur peuple. Or, avec de véritables méthodes scientifiques, on n’a pu que constater tout d’abord ce qui est désormais très largement admis par les historiens (bien que peu connu du grand public) : Quasiment toute l’histoire des juifs telle que racontée dans la Bible n’a aucune validité historique et relève du mythe. Les hébreux ont toujours habité la terre de Canaan (la Palestine) et sont en fait un peuple de bergers sédentarisés dans les montagnes qui se sont distingués de leurs voisins des plaines et des côtes par une tradition d’interdiction de la viande de porc. Ils se sont ensuite constitués petit à petit en deux entités politiques distinctes bien que culturellement proches et dont le Dieu principal (mais pas unique au début) était Yahvé. Ces deux royaumes sont Israël au Nord et Juda au Sud. Il n’y a donc jamais eu de grand royaume unique et David et Salomon, s’ils ont existés, étaient les rois d’un petit royaume de Juda naissant avec pour capitale modeste la petite ville de Jérusalem. Selon Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman (cette partie n’est pas partagée par tous les historiens), la Bible hébraïque aurait été entièrement compilée et rédigée (à partir de plusieurs traditions orales distinctes) à l’instigation de Josias, roi de Juda, au 7ème siècle av.JC, dans le but de souder et fonder une nation unique et monothéiste (avant Josias les hébreux adorent également Ashera, la femme de Yahvé, ainsi que Baal, et probablement d’autres dieux) avec les sujets de Juda et les réfugiés venus d’Israël suite à la conquête de ce dernier par l’Assyrie. Dans la bible, il raconterait l’histoire du grand royaume unique du passé dans le but de se présenter lui-même comme le nouveau David, le messie des juifs qui s’apprête à conquérir le royaume du Nord pour réunifier (en fait unifier pour la première fois) le grand Israël. Mais Josias mourra au combat avant d’avoir pu accomplir son projet, et Juda tombera un peu plus tard sous le joug des babyloniens. Ce serait les élites juives déportées à Babylone qui auraient fondé le judaïsme tel qu’on le connait en réinterprétant cette attente du Messie réunifiant la Terre Promise11. La suite, on la trouve dans les travaux de Shlomo Sand12, un autre historien israélien (qui d’ailleurs n’est pas tout à fait d’accord pour situer la totalité de l’écriture de la Bible sous Josias mais qui est d’accord sur le reste). Dans un livre très fourni en arguments et en preuves historiques13, il démontre comment le judaïsme, depuis le 2ème siècle av. JC et durant tout l’empire romain jusqu’au développement du christianisme, fut en fait une religion très prosélyte. Il n’existe aucune trace dans les archives romaines d’un ou plusieurs grands exils des juifs hors de Palestine, par contre on trouve beaucoup de commentaires et de critiques sur la « mode » très en vogue de conversion au judaïsme dans tout l’empire sous l’influence des voyageurs juifs qui cherchaient activement à répandre la bonne parole. Ces nouveaux convertis juifs romains issus de tous les peuples inclus dans l’Empire seraient les principaux ancêtres des juifs séfarades. En 838, le royaume Khazar, peuplé de nomades apparentés aux turcs récemment sédentarisés dans le Caucase, adopte le judaïsme comme religion d’Etat suite à la conversion de son roi Bulan. Les descendants de ce vaste empire juif qui n’a aucun lien ethnique avec les anciens hébreux seraient les principaux ancêtres des juifs ashkénazes. Quant aux descendants des premiers hébreux, ils n’auraient en fait pour la plupart jamais quitté la Palestine, et se seraient en grande partie convertis au christianisme puis à l’Islam suite à la conquête arabe. En clair, les seuls vrais descendants des juifs de Palestine seraient… les palestiniens. Cruelle ironie de l’histoire qui fait que des juifs descendants de tous les peuples de méditerranée et d’un peuple de nomades turcs se seraient appuyés sur la croyance du retour des hébreux en Terre Promise pour prendre les terres des véritables descendants des hébreux et les déporter… Toujours est-il que cette explication permet de normaliser une histoire étrangement singulière : Le judaïsme, comme toutes les religions, n’est qu’une religion et non un peuple. On trouve parmi les adeptes de cette religion des origines ethniques extrêmement diverses même si depuis plusieurs siècles ils ont arrêté le prosélytisme et se sont majoritairement mariés entre eux, dans le bassin méditerranéen entre séfarades, et dans les pays slaves et germaniques entre ashkénazes. Et comme la plupart des peuples, les israéliens sont donc eux aussi le produit d’un large brassage ethnique. A proprement parler, on ne devrait donc pas pouvoir dire de quelqu’un qu’il est juif s’il n’est pas croyant. Mais cette confusion très largement répandue a grandement contribué à l’instauration progressive de l’interdiction de critiquer le judaïsme de peur de se voir accuser d’antisémitisme. Précisons que le terme « antisémitisme » au sens propre devrait normalement concerner toute forme d’hostilité envers un peuple sémite, c'est-à-dire les juifs ET les arabes (et quelques autres peuples). Mais bien évidemment je l’utiliserais ici dans son sens courant, à savoir « hostilité à l’égard des membres du peuple juif » (et non de la religion juive) Dans le cas du judaïsme, je revendique donc également le droit de me méfier et me moquer des Juifs comme je le fais de tous les croyants. Et bien que le mot soit moins courant qu’ « islamophobie », j’assume totalement mon antijudaïsme. Mais bien sur, là aussi de nombreux racistes utilisent la confusion entre juif « croyant au judaïsme » et juif « membre du peuple juif » pour pouvoir attaquer ce qu’ils considèrent comme une « race » en se cachant sous la critique d’une religion. Ceci dit le mot étant le même et la confusion bien plus courante que pour les musulmans, la technique est ici bien moins efficace. Et là encore je considère que ce qu’il faut condamner, ce n’est pas l’antijudaïsme mais l’antisémite lorsqu’il se cache derrière. Le sionisme est-il une race ?De la même façon qu’avec la religion, on utilise parfois la confusion entre une idéologie et une « race » pour interdire toute critique de cette idéologie, même si c’est moins courant. Le cas le plus fréquent est bien entendu celui du sionisme. Le sionisme est une idéologie politique se voulant à l’origine totalement laïque. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle avait besoin de la continuité ethnique du peuple juif pour ne pas avoir officiellement à chercher sa justification dans la religion. Elle consiste à revendiquer pour le « peuple » juif le droit à « revenir » sur la terre de ses ancêtres et à y fonder un « Etat juif », au sens racial du terme puisqu’Israël se veut un Etat laïque sans religion d’Etat. Comme toute idéologie (et encore plus une idéologie fondée sur des notions raciales), celle-ci ainsi que ses adeptes est sensée être parfaitement critiquable, mais la confusion délibérément entretenue entre sionisme, judaïsme, peuple juif, peuple israélien etc. Permet là encore d’accuser très rapidement et facilement d’antisémitisme toute personne s’opposant au sionisme. De la même façon que je m’oppose au fascisme ou au libéralisme, je revendique le droit de m’opposer au sionisme et aux sionistes sans être soupçonné d’antisémitisme (puisque d’ailleurs, ne croyant pas à l’existence d’un « peuple » juif, je ne vois pas comment je pourrais avoir de l’hostilité envers ce peuple). Ceci dit je dois préciser ce que signifie mon antisionisme : Je suis fondamentalement opposé au projet sioniste, c’est à dire au principe de la fondation d’un état sur une base raciale, et à l’expulsion d’un peuple d’une terre pour y installer un autre peuple. Mais tout ceci étant déjà accompli, mon antisionisme s’applique aux actions actuelles des sionistes, à savoir la colonisation au-delà des frontières de 1967 acceptées par la plupart des palestiniens, la construction d’un mur de séparation sur un tracé illégal, la politique d’apartheid pratiquée dans le pays (particulièrement l’interdiction des mariages interreligieux), la tutelle économique et sociale pratiquée par Israël envers la Palestine, et d’une manière générale le non-respect des résolutions de l’ONU par Israël. Je pense que l’Etat d’Israël n’aurait jamais du voir le jour, mais pour autant, je ne considère pas, comme d’autres, que la solution serait de le détruire maintenant qu’il existe, et d’expulser les juifs de Palestine. Si je m’oppose à l’expulsion d’un peuple d’une terre pour y installer un autre peuple, je ne peux pas accepter qu’on le fasse à l’envers avec toutes les générations de juifs nés en Israël et qui n’ont jamais connu d’autre terre. Celle-ci est désormais aussi la leur, exactement comme elle était celle des palestiniens parce qu’ils y étaient nés. On ne corrige pas un crime par un autre crime. Dans l’idéal, rejoignant en cela l’extrême-gauche israélienne, je rêve bien sur d’un état unique pour tous les habitants de Palestine/Israël quels que soient leur religion, leur ethnie, etc. (ce qu’était en fait déjà la Palestine sous protectorat anglais avant la création d’Israël). Malheureusement vu la quantité de haine accumulée de part et d’autre, c’est bien évidemment impossible pour longtemps. Cependant pour mettre toutes les chances de leur côté pour permettre d’espérer un jour voir ce rêve se concrétiser, la première urgence est bien sur la paix et l’apaisement. Pour cela les solutions me semblent évidentes (et d’ailleurs partagées par la plupart des pacifistes des deux camps) : Deux pays dans les frontières de 1967, le partage de Jérusalem en deux capitales, la fin des colonies, du terrorisme et de l’apartheid, et puis… rêvons un peu, avec Shlomo Sand, imaginons qu’un jour Israël ait assez confiance en son idéal démocratique pour retirer de ses loi fondamentales les références au caractère « juif » de l’Etat et devienne une vraie république laïque et égalitaire. Bien sur tout ceci est incantatoire (surtout vu de France), mais la meilleure façon de commencer à s’engager dans cette voie, c’est justement de combattre ceux qui entretiennent la confusion race-religion-idéologie dont je viens de parler. Extrême-droite contre extrême-droiteAu fur et à mesure du temps, mon camp politique, la gauche, se polarise et se déchire de plus en plus en deux camps opposés et très hostiles, et qui ont pourtant un point commun : Ils s’allient avec l’extrême-droite. D’un côté, ceux qui par solidarité avec les palestiniens, refusent de s’opposer aux musulmans et même parfois aux musulmans intégristes, et se mettent à voir des lobbys juifs (ou officiellement « sionistes ») partout. Ils refusent d’envisager que le camp du « bien », celui des palestiniens, élargit au fur et à mesure à tous les musulmans, à tous les arabes, voire à tous les pays, peuples, mouvements qui se disent du même camp et s’opposent au « mal » (les américains, les sionistes, etc…) puissent parfois être critiquables et imparfaits, voire faire du mal… Ils commencent alors à traiter d’islamophobe ou directement de raciste tous ceux qui ont une position plus nuancée. Par exemple, l’incapacité de beaucoup d’entre eux à imaginer que des musulmans (donc des gentils) puissent faire un truc aussi méchant que le 11 septembre 2001 les pousse à penser que c’est impossible, et donc qu’il y a forcément un complot… qui vient forcément du camp des méchants américano-sionistes qui contrôlent tout. On arrive très vite dès lors au nouvel ordre mondial, aux Illuminati, Bildeberg, Rothschild et compagnie… et au final au bon vieux complot juif international cher à l’extrême-droite occidentale, avec le Protocole des Sages de Sion et tout le bordel. A ce moment là, quoi de plus normal que des « ponts » se créent entre cette gauche là et l’extrême-droite française et/ou musulmane et/ou arabe, entre autres. C’est dans cette mouvance que l’on trouve en vrac et plus ou moins avancés sur ce chemin qui mène à l’extrême droite : le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) qui sous l’égide de Mouloud Aounit s’est mit à attaquer bien plus souvent pour « islamophobie » que pour racisme ; Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire qui sont maintenant très potes avec Ahmadinejad, Assad, etc. grâce à leurs théories sur le 11 septembre; Alain Soral l’ex-communiste devenu ex-FN et désormais leader de son propre parti « national » et « socialiste » Egalité & Réconciliation; et bien sur Dieudonné, qui est passé de l’extrême-gauche quand il se présentait aux municipales contre le FN à l’extrême-droite quand il se pavane à la fête du FN et invite dans ses spectacles les cadres de ce parti ainsi que des extrémistes musulmans dans la salle, et un négationniste sur scène. De l’autre côté, ceux qui par détestation de l’antisémitisme et/ou par sentiment de culpabilité pour la Shoah, refusent de s’opposer au judaïsme, au sionisme, et à toutes les actions des différents gouvernements israéliens, et se mettent à voir des islamistes partout. Ils refusent d’envisager que le camp du « bien », celui des victimes de la Shoah, élargit au fur et à mesure à toute la religion juive, tout le « peuple » juif, Israël et tous les israéliens, voire à tous leurs alliés et donc au premier chef les USA, tous les américains et tous ceux qui se disent du même camp et s’opposent au « mal » (les antisémites, l’extrême-droite occidentale, les musulmans intégristes voire les musulmans tout court etc.) puissent parfois être critiquables et imparfaits, voire faire du mal… Ils commencent alors à traiter d’antisémite tous ceux qui ont une position plus nuancée. Par exemple, l’incapacité de beaucoup d’entre eux à imaginer que des juifs (donc des gentils) puissent faire un truc aussi méchant qu’une déportation massive, un apartheid et la fondation d’un Etat raciste et colonisateur, les pousse à penser que c’est impossible, et donc qu’il y a forcément un complot… qui vient forcément du camp des méchants gaucho-fascislamistes qui ont pignon sur rue, dominent la pensée unique et sont les véritables agresseurs contre lesquels Israël n’agit qu’en légitime défense. On arrive très vite dès lors à l’invasion musulmane, puis immigrée, le complot pour transformer l’Europe en dictature islamique et faire une nouvelle Shoah, et au final au bon vieux racisme anti-arabe qui est le fond de commerce de l’extrême-droite et la droite extrême occidentale et Israélienne. A ce moment là, quoi de plus normal que des « ponts » se créent entre cette gauche ci et l’extrême-droite israélienne ou juive en général, l’extrême-droite américaine ainsi qu’avec parfois le FN et le plus souvent la droite sarkozyste la plus réactionnaire, entre autres. C’est dans cette autre mouvance que l’on trouve en vrac et plus ou moins avancés sur ce chemin qui mène à l’extrême-droite : la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme) le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) et l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) qui ces dernières années passent tout leur temps à attaquer pour « antisémitisme » toute critique de la politique israélienne ; Philippe Val et BHL qui s’offusquent à toute critique d’Israël et des USA tout en affirmant qu’ils sont critiquables et voient des extrémistes musulmans partout; Alain Finkielkraut et quelques autres qui assument pleinement d’affirmer que toute opposition à Israël est de l’antisémitisme et ne s’interdisent pas de temps en temps des déclarations ouvertement racistes contre les arabes ou les noirs. Et moi au milieu des deux, en tant que personne ouvertement politisée et profondément de gauche, les deux camps me font régulièrement des injonctions à en choisir un des deux. Désolé les gars, mais l’extrême-droite, Israélienne, française, américaine, arabe ou musulmane, c’est toujours l’extrême-droite. Jamais je n’accepterais de partager des combats avec eux et leur donner raison. Pour moi il n’y a pas besoin de devenir islamiste ou antisémite pour s’opposer au sionisme, ni de devenir sioniste ou adhérer à l’UMP pour s’opposer aux islamistes. Je n’ai pas besoin de trouver le camp des gentils pour combattre le camp des méchants. Il y a des fachos partout, même (surtout ?) chez les opprimés et les victimes. L’humour et la provocationC’est là que ça se corse. S’il y a un domaine dans lequel l’extrême-droite n’excelle pas, c’est bien le sens de l’humour. Et au fur et à mesure que les deux camps montent en puissance, il devient bien difficile de faire de l’humour, surtout de l’humour provocateur, le seul qui puisse être utile en secouant les consciences, les pudeurs et les certitudes. Cet argument est devenu d’une banalité affligeante et en permanence récupéré par l’un des deux camps précités, mais il n’en reste pas moins vrai : de nombreux sketchs de Desproges, de Coluche, des Nuls, etc. ne pourraient plus être présentés sur scène de nos jours sans se prendre des avalanches de procès, de manifestations et autres sabotages, alors que les mêmes gens qui les attaqueraient aujourd’hui disent qu’ils riaient de leurs blagues à l’époque. On dit, et c’est vrai, qu’à l’époque quand les « grands » comiques faisaient des sketches racistes, c’était pour se moquer des racistes. Mais de nos jours on n’accorde plus à personne ce bénéfice et l’on considère immédiatement qu’un sketch raciste ne peut être fait que pour encourager le racisme. Je me sens bien sur concerné au premier chef, moi qui ai souvent tendance à dire des saloperies au micro pour les rendre ridicules ou secouer les esprits. Et finalement je préfère encore qu’on me traite d’islamophobe, de raciste ou d’antisémite (entre autres) que, ce qui est bien pire, d’être apprécié pour ces propos immondes par le camp d’en face (ça m’est malheureusement parfois arrivé). Et c’est lorsqu’un Dieudonniste se met à mes côtés pour clamer que j’ai raison de réclamer le droit à l’humour comme Dieudonné que je dois préciser : Oui mais non. Aussi bien qu’il est ridicule d’accuser de racisme tous les provocateurs, il est absurde de penser qu’il n’existe pas d’authentiques humoristes racistes qui utilisent l’excuse de l’humour pour déverser leur haine. Et pour ce qui est de Dieudonné, j’ai eu amplement l’occasion de me persuader (en visionnant ses sketchs, ses interventions médiatiques et sur Internet, etc.) que ce qu’il fait ressemble plus aux chansonniers antisémites de l’entre-deux guerres qu’à un sketch de Desproges. Et comme le disait ce dernier : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». Desproges prenait plaisir à choquer son public dans un sketch (un seul) ou l’exagération à l’absurde de l’antisémitisme est destinée à le décrédibiliser. Dieudonné ne fait jamais rire de l’antisémitisme, il distille tout au long de ses spectacles de manière obsessionnelle, ne serait-ce que par des petits apartés au milieu des rares sketchs qui ne traitent pas directement des juifs, des clins d’œil à son public complice et aussi obsessionnel que lui qui sait bien de qui on parle quand on dit « eux ». Desproges ne faisait pas rire avec lui mais contre lui lorsqu’il jouait l’antisémite, l’exact opposé de Dieudonné qui ne se permet de faire rire contre lui que quand il joue le juif (pardon, le « sioniste »). Lorsqu’il dénonce des « juifs » puissants qu’il énonce en public, avec leur nom juif de naissance lorsqu’ils ont un pseudonyme, il n’y a pas de gène dans son public. S’il n’était pas antisémite, et si c’était de la provocation humoristique, il serait sans doute perturbé que personne dans la salle ne soit scandalisé par ses propos. Choquer, c’est quand même le but principal d’un provocateur normalement… Au-delà de ses sketchs eux-mêmes, ses déclarations sérieuses, dénonciations, procès, engagements et actions politiques et autres amitiés visibles dont le terme de « sioniste » est toujours la colonne vertébrale devraient normalement achever de convaincre tout antiraciste sincère que Dieudonné n’est pas seulement un humoriste, mais un propagandiste antisémite. Je ne citerais pour exemple qu’un épisode passé un peu inaperçu : une vidéo extraite d’un documentaire de France 2 ou l’on voit Dieudonné acquiescer ostensiblement aux propos de son pote Alain Soral : « Quand avec un français juif sioniste tu commence à dire : Y’a peut-être des problèmes qui viennent de chez vous, vous avez peut-être fait quelques erreurs, c’est pas systématiquement la faute de l’autre totalement si personne peut vous blairer partout ou vous mettez les pieds parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire tu vois, ça fait quand même 2500 ans que chaque fois qu’ils mettent les pieds quelque part au bout de 50 ans ils se font dérouiller, tu vois donc faut se dire c’est bizarre, c’est que tout le monde a toujours tort sauf eux, le mec il se met à aboyer, à hurler, à devenir dingue tu vois, et tu peux pas dialoguer, je pense qu’il y a une psychopathologie, tu vois du judaïsme sionisme qui confine à la maladie mentale ». Tiens tiens, « C’est ça leur histoire » vous dites ? L’histoire de qui ? Des « français juifs sionistes » ou du « Judaïsme sionisme » ? Pourtant il y a 2500 ans les sionistes ça ne courrait pas les rues, l’idéologie ayant été inventée à la fin du XIXème siècle. Non, c’est bien des juifs qu’il parle, qui donc s’ils se font « dérouiller » partout et si « personne ne peut les blairer » l’ont un peu cherché quand même. On a ici une preuve chimiquement pure de l’utilisation du mot « sioniste » pour éviter de dire « juif » et de se faire condamner pour antisémitisme. Notez les hochements de têtes de Dieudonné pour approuver les propos de son camarade, à ce niveau là il faut une sacrée dose de mauvaise foi ou d’aveuglement pour ne pas comprendre que Soral et Dieudonné sont antisémites ! Je m’excuse d’avance pour ceux qui s’attendaient à ce que je critique en retour un humoriste islamophobe, je n’en ai pas de connu qui me vienne en tête. Là non plus je ne cèderais pas à l’injonction de critiquer toujours équitablement chaque camp s’ils ne sont pas également critiquables. La liberté d’expressionOui, c’est parfois compliqué de déterminer avec certitude ce qui est de l’humour et ce qui n’en est pas, ce qui est de la critique d’une religion ou d’une idéologie, ou plutôt du racisme. Alors comment faire pour déterminer qui l’on doit attaquer en justice ? Et si, tout simplement, on arrêtait d’essayer de traiter le problème du racisme par la voie judiciaire ? Il ne me semble pas avoir entendu parler de quelqu’un ayant renoncé à être raciste ou antisémite parce que la loi l’a condamné. Au contraire. Les extrémistes adorent être des martyrs de la cause. C’est une preuve de plus pour eux et leurs alliés que la justice est aux ordres des islamistes ou des sionistes. Et si parfois ils gagnent leur procès, ils s’en serviront également pour dire que la justice leur donne raison. On ne combat pas des idées avec de la prison ou des amendes, mais avec de la discussion, du débat, de l’enseignement, de l’information et de l’esprit critique. Comment ne pas voir que la loi interdisant les travaux de recherche qui pourraient minimiser un crime contre l’humanité14 apporte de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent une censure de leurs idées et une « vérité officielle » ? Comment ne pas voir que la loi interdisant les propos racistes15 permet à tous les racistes de se poser en victimes ? La liberté d’expression ne consiste pas seulement à pouvoir exposer ses idées, mais aussi à pouvoir en débattre avec ceux qui n’ont pas les mêmes. Empêchez un raciste de s’exprimer, vous lui apporterez de nouveaux partisans. Débattez avec lui et démontrez lui publiquement qu’il a tort, et vous aurez une chance de lui retirer des soutiens. Encore faut-il être assez sur soi-même de ses idées démocratiques et antiracistes pour être capable d’être convainquant. C’est pourquoi les deux camps préfèrent se battre à coup de procès plutôt que de débattre. Ils risqueraient trop d’exposer ce qui les réunit : la haine irrationnelle de l’autre. Travaux pratiquesEt maintenant, un petit jeu : Parmi toutes ces déclarations et actions, lesquelles sont authentiquement racistes ? 1) Dessiner et/ou publier une caricature de Mahomet quand on n’est pas musulman.Le Jylland-Postens, Charlie Hebdo, South Park etc. PAS RACISTE Tout d’abord, même si l’on considère ces caricatures comme hostiles, ça ne peut être que contre l’Islam et non contre une « race » ni même contre les musulmans, puisqu’il ne s’agit que du prophète lui-même. On a beaucoup dit que la cause de la réaction plus ou moins violente des musulmans à ces caricatures était l’interdiction de représenter Mahomet (indépendamment du caractère insultant ou non de la caricature en question). S’il est possible que de nombreux musulmans aient réagit pour cette raison, pourtant cela relève d’une incompréhension totale de cet interdit religieux. Historiquement cet interdit était présent également dans le judaïsme et le christianisme, et vient en fait de l’origine mythique du monothéisme. Avant Abraham, les païens adorent des idoles, des représentations d’être vivants auxquelles on prête un pouvoir magique. L’acte de fondation du monothéisme par Abraham est donc la destruction des idoles. Ainsi si les religions monothéistes interdisent à l’origine toute représentation de Dieu et des prophètes (voire toute représentation du vivant), c’est pour éviter que les fidèles ne se mettent à adorer la représentation plutôt que Dieu lui-même, et donc devenir idolâtres. On voit bien ici l’absurde des réactions aux caricatures de Mahomet puisqu’il est difficile de soupçonner le Jylland-Postens, Charlie Hebdo ou South Park de représenter Mahomet pour idolâtrer son image ! D’autre part seules certaines branches de l’Islam interdisent les représentations du vivant, et il existe de nombreux exemples de représentations du prophète par des musulmans, et même des versions du Coran en bandes dessinées. 2) « On ne m’ôtera pas de l’idée que pendant la 2ème Guerre Mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi »Pierre Desproges, En Scène Au Théâtre Grévin, 1986. PAS RACISTE Au premier degré, cette phrase est bien évidemment incroyablement antisémite. Mais justement, c’est incroyable. Cette allégation est tellement exagérée et absurde que personne ne peut imaginer sérieusement qu’un véritable antisémite la prononcerait sans se ridiculiser. Bien évidemment, personne, pas même le pire des antisémites, ne reprochera aux juifs d’avoir été hostiles aux nazis. Du coup, la réaction est double : d’abord choqué par la violence de l’attaque, les gens rient du ridicule du personnage antisémite. Bien loin d’être antisémite, cette phrase est donc au contraire faite pour attaquer les antisémites en les ridiculisant. 3) « Le président du Sénégal Wade a dit un jour : « Notre peuple ne fait pas la manche ». Je crois qu'il a raison, et c'est la grande différence avec un peuple qui a bradé l'Holocauste, qui a vendu la mort et la souffrance pour monter un pays et gagner de l'argent ! »Dieudonné M’Bala M’Bala, interview sur le site Blackmap.com, Octobre 2002, http ://tinyurl.com/cuy99hz RACISTE Tout d’abord nous ne sommes pas dans un spectacle et manifestement il n’y a pas de volonté de faire rire dans cette phrase, ce qui évite les débats sans fin sur le 25ème degré. Dieudonné oppose donc ici deux peuples. Comme pour une fois il utilise directement le mot « peuple » sans se cacher, on ne pourra pas prétendre qu’il parlait en fait d’une religion ou d’une idéologie. Qui sont ces deux peuples ? Dans le cas improbable ou on ne les aurait pas reconnus, il suffit de lire le début de l’interview pour voir que le fil de la discussion concerne une comparaison entre le « peuple noir » (dans lequel Dieudonné se classe lui-même) et le « peuple juif ». Nous avons donc ici un jugement sur la comparaison entre une attitude valorisante (refuser de faire la manche) attribuée à toute une race et une attitude abjecte (vendre la mort et la souffrance pour monter un pays et gagner de l’argent) attribuée à toute une autre race. On peut difficilement trouver meilleur exemple de la définition originelle du racisme : la croyance en une hiérarchisation des races humaines. 4) « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire »Nicolas Sarkozy, discours écrit par Henri Guaino, Dakar, 26 Juillet 2007 http ://tinyurl.com/cdlrd46 RACISTE Pour répondre à la question il faut d’abord savoir qui est « l’homme africain ». Ce n’est évidemment pas une religion ni une idéologie, mais cela pourrait être une citoyenneté ou une culture plutôt qu’une race. Il existe en effet de nos jours des « blancs » africains, mais aussi des européens ou des américains se revendiquant d’une culture africaine. On pourrait donc avoir un doute… s’il n’était pas question ici de l’Histoire, et même d’entrée dans l’Histoire. Si l’on se situe à la période du début de l’Histoire, il n’existe pas ou quasiment pas de blanc en Afrique ni de personnes de culture africaine hors d’Afrique. L’homme africain dont il est question ici est donc bien à la fois l’africain en tant que culture, que citoyen et que peuple. Que dit-on de ce peuple ? Le mot Histoire a une définition précise. Traditionnellement on considère que l’Histoire (avec un H majuscule) commence avec l’invention de l’écriture et/ou de la civilisation, ce qui revient à peu près au même au Moyen-Orient, en Europe ou en Asie, mais pas en Amérique ni en Afrique subsaharienne, où de grandes civilisations ont pu naitre sans connaître l’écriture. On parle parfois de « proto-histoire » pour désigner les civilisations sans écriture. Or Avant l’Histoire, c’est la Préhistoire. Prise au pied de la lettre, cette citation insinue donc que le peuple africain est encore un peu trop resté au stade préhistorique. Si l’on prend comme critère l’écriture c’est faux puisque quelle que soit la date de son adoption, tous les pays africains utilisent aujourd’hui une écriture au moins dans l’administration. Certains pays africains (mais pas seulement africains) ont des taux d’alphabétisation assez bas, mais en Egypte ancienne ou en Mésopotamie, le fait qu’une petite élite seulement était alphabétisée n’a pas empêché de faire commencer l’Histoire à partir de ces civilisations. Notons d’ailleurs qu’au sens propre, la civilisation égyptienne est une civilisation africaine, et comme on n’imagine pas que Guéant puisse suggérer que l’Egypte ancienne n’est pas assez entrée dans l’Histoire, on comprend bien que par Afrique, il entend Afrique subsaharienne, ou encore Afrique noire, ce qui renforce le caractère racial du propos. Si l’on se réfère à la civilisation et non à l’écriture, cette affirmation est encore plus fausse, puisque nous connaissons maintenant de nombreuses et puissantes civilisations africaines anciennes (Empire du Mali, Empire du Ghana, Royaume de Numidie, Royaume du Congo…) ayant pour certaines survécu jusqu’à la colonisation, ou même au-delà (Ethiopie). Ces civilisations ont été longuement ignorées à cause du manque de traces écrites, mais aussi pour justifier la colonisation comme une œuvre « civilisatrice ». Il s’agit donc bien de dire qu’une « race » a globalement raté une chose que toutes les autres ont réussi (l’invention de la civilisation et/ou de l’écriture), c’est une hiérarchisation des races, donc du racisme. On pourrait éventuellement avec cette seule phrase penser que Sarkozy (et Guaino) critique justement la négation des civilisations africaines par l’Histoire écrite par les Européens, mais il suffit de lire le reste de son discours pour s’apercevoir que ce n’est absolument pas le sujet, et qu’il est bien question de reprocher aux africains de ne pas évoluer et de rester une société paysanne et traditionnelle. Assez amusant d'ailleurs quand on sait que Sarkozy et la droite en général font leurs plus gros scores dans les zones rurales... 5) « Si j'étais en Haute-Normandie, je ne sais pas si je voterais Fabius. Je m'interrogerais. Ce mec me pose problème. Il a une tronche pas catholique. Mais ça fait rien, peut-être que je voterais pour lui, mais j'y réfléchirais à deux fois »Georges Frêche, interview dans l’Express, 28 janvier 2010 PAS RACISTE Cette phrase a été considérée comme antisémite par de nombreuses personnes, car elle ferait référence aux origines juives de Fabius. Pourtant pour les gens qui n’étaient pas au courant de ses origines, ce qui était mon cas, la première réaction est quand même de remarquer que l’expression « pas très catholique » est passée dans le langage courant sans aucune connotation religieuse ou raciale, pour désigner quelque chose de louche. On pourrait juste traduire cette citation par : « sa tête ne me reviens pas », ce qui n’est pas un argument très pertinent mais ça n’a rien d’antisémite. Est-il tout de même possible que Frêche fasse réellement allusion aux origines de Fabius avec cette phrase ? D’abord notons qu’en opposition à « catholique », en toute logique ce serait plutôt la religion juive que la « race » juive qui serait visée… Mais de toutes façons il suffit de se renseigner un peu sur Georges Frêche pour savoir que c’était un sioniste convaincu, Difficile d’imaginer qu’il puisse être à la fois sioniste et antisémite ! 6) « Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait »Eric Zemmour, dans « Salut Les Terriens » sur Canal +, 6 Mars 2011 RACISTE Bizarrement, c’est la deuxième partie de la phrase qui a fait le plus de scandale. Pourtant, affirmer que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes n’est pas en soi raciste puisqu’il ne stigmatise pas une race entière, mais seulement ceux d’entre eux qui sont trafiquants. Il est même possible que cette affirmation soit vraie, ce qui a bien gêné les antiracistes à qui on demandait de prouver que c’était faux. Ce serait compliqué à prouver, puisqu’en France les statistiques ethniques sont interdites. La question c’est bien sur « pourquoi ? ». Pour un raciste, c’est parce qu’ils ont ça « dans le sang », les noirs et les arabes étant d’après eux naturellement plus enclin à dealer que les blancs. Pour un antiraciste, c’est parce que les noirs et les arabes ont été parqués en grand nombre dans des zones de pauvreté ou ils sont souvent majoritaires, et le racisme à l’embauche leur rend bien plus difficile qu’à un blanc la recherche d’un emploi. De plus les brimades quotidiennes de la police les encouragent à se « rebeller » contre la loi. Comme on ne peut pas deviner laquelle des deux explications Zemmour affectionne le plus, il est difficile de prouver que cette partie de la phrase est raciste. Ceci dit on peut voir un indice dans le fait que pour lui, s’il y a des contrôles au faciès, c’est à cause de cette majorité de noirs et d’arabes parmi les trafiquants, alors qu’on pourrait aussi penser le contraire : C’est parce qu’il y a des contrôles au faciès que la plupart des trafiquant qu’on arrête sont noirs ou arabes. Mais le plus important, c’est la première phrase, car les contrôles au faciès constituent une discrimination raciale au regard de la loi. Une statistique ethnique sur la délinquance ne justifiera jamais une discrimination à priori. Dans la république française, chaque individu est jugé individuellement et a droit à la présomption d’innocence, quel que soient ses appartenances ethniques, religieuses, sexuelles, etc. Même s’il y avait effectivement une majorité de noirs et d’arabes parmi les trafiquants, ça ne justifierait pas pour autant que des représentants de la loi considèrent à priori tout arabe ou noir comme un trafiquant potentiel. En justifiant les contrôles au faciès, Zemmour procède donc à une incitation à la discrimination raciale. 7) « La religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré »Michel Houellebecq, interview dans le magazine Lire, Septembre 2001 PAS RACISTE Facile : ici Houellebecq attaque l’Islam, donc une religion, et non une « race ». 8) « Les juifs sont plus intelligents et plus intéressants que la moyenne »Michel Houellebecq, interview dans le magazine Lire, Septembre 2001 RACISTE Contrairement à la citation précédente, extraite de la même interview et qui a fait couler beaucoup plus d’encre, cette citation-ci est à proprement parler raciste, puisqu’elle caractérise une « race » comme supérieure à toutes les autres. Etonnant que ce ne soit pas cette phrase qui ait retenu l’attention. 9) « - C’est notre petit arabe !
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