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Un tzitzimitl, chez les trotskystes d'extrême-centre, est quelqu'un qui cherche à réfléchir sur la politique en dehors des cadres prédéfinis des "-istes" de tout poil... Moi aussi.
Eh dis, c’est quoi la Gauche? C'est quoi la Droite? Imprimer Envoyer
Politique - Textes
Samedi, 04 Avril 2009 20:18

Beaucoup de gens s’interrogent sur la réalité et la pertinence du clivage gauche/droite, considérant ces termes comme au mieux dépassés. Certains hommes politiques comme Bayrou font de cette contestation un programme ou un acte de com’, mais avant de dire que ces concepts sont has-been, aucun ne prend la peine d’expliquer leur sens initial… Peut-être pour éviter la situation embarrassante de se retrouver eux-mêmes au cœur de cette définition...

A l’origine

Les termes droite et gauche ont été inventés en France en 1789, quand l’assemblée constituante a débattu pour savoir si l’on devait donner au Roi un droit de véto sur les décisions du parlement. Les députés favorables au droit de véto se sont installés à la droite de l’hémicycle, en référence à la symbolique traditionnelle disant que la place privilégiée auprès du Roi est d’être assis à sa droite. Les députés qui ne voulaient pas donner le droit de véto au Roi se sont donc retrouvés à gauche de l’hémicycle.


Or, donner ce droit de véto au Roi revenait à empêcher que le parlement aie un réel pouvoir, et permettait donc de faire perdurer le système de monarchie absolue d’avant la Révolution. La gauche rassemblait donc tout ceux qui souhaitaient réellement changer le système pour en inventer un nouveau, et la droite s’est définie par opposition à la gauche, pour protéger l’ordre et les traditions contre les changements.

Un modèle universel

Sur ce modèle, dans tous les pays européens puis plus tard dans le monde entier, les réactionnaires (ceux qui réagissent contre la révolution et l’instauration de la démocratie), appelés aussi conservateurs (ceux qui souhaitent conserver l’ordre traditionnel des choses) se sont rassemblés sur la droite des assemblées, tandis que ceux qui voulaient inventer un monde différent se sont retrouvés sur les bancs de la gauche.

Si ces notions se sont répandues avec une telle facilité, c’est grâce à plusieurs facteurs :

  • La vocation universelle de la Révolution française, traduite par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui contrairement aux précédentes déclarations des droits1 s’adressait clairement à tous les hommes (pour les femmes il a fallu attendre…) et non aux seuls français.
  • L’exportation par les révolutionnaires puis par Napoléon de la république et surtout de l’histoire (idéalisée bien sur) de la Révolution française aux 4 coins de l’Europe, et par la suite dans le monde entier par le biais des colonies et de la mondialisation économique du XIXème siècle.
  • La simplicité du raisonnement manichéen. Il y a deux camps, on choisit le sien et on sait qui est son ennemi : l’autre camp.
  • Mais surtout, ce qui a permis le succès de ce concept, c’est qu’il correspond à une réalité incontournable, vraie de tout temps et dans toutes les sociétés. La gauche et la droite ont toujours existé même avant l’invention de ces termes : dans la Rome antique on parlait de plébéiens et patriciens. C’est entre autres ce que je m’attache à montrer dans ce texte…

Qui est à gauche, qui est à droite ?

Pour la droite, au départ, c’était très simple. Ses bancs étaient occupés par les réactionnaires, défenseurs de la monarchie, de Louis XVI et des privilèges des nobles. Ils ne voulaient accepter aucun changement au système traditionnel, à part éventuellement des changements cosmétiques ne remettant pas en cause le fond (comme l’instauration d’un parlement bidon contrôlé par le droit de véto du Roi).

La gauche quant à elle (et c’est une caractéristique durable) est par définition divisée en de nombreuses factions. Elle se rassemble sur le principe de vouloir renverser le système en place et d’en créer un nouveau, mais elle se divise forcément lorsqu’il s’agit de savoir quel système mettre en place, puisque les possibilités sont multiples. En 1789, on distingue deux factions : Les Girondins (plus ou moins les ancêtres des libéraux) et les Montagnards (plutôt ancêtres des socialistes et des démocrates). Oui, à la Révolution, les libéraux sont à gauche, mais ça ne va pas durer…

Jusqu’au développement du socialisme en tant que tel, les révolutionnaires radicaux étaient en général rares à l’assemblée, puisque seuls des nobles, des bourgeois (riches commerçants) et des religieux y étaient élus. Le peuple citadin révolutionnaire (les sans-culottes) était plus exigeant, mais n’avait que peu d’écho dans l’hémicycle, sauf lors de la constituante de 1793 ou ils entrèrent de force dans l’assemblée pour arrêter tous les députés modérés, ne laissant que les Montagnards en place.

Excepté cette parenthèse, les bancs de la droite étant largement remplis par les réactionnaires, les libéraux, plus modérés, se retrouvaient donc à la gauche de l’assemblée. Pendant les premières années suivant la révolution, les libéraux ont donc été plutôt considérés comme de gauche… jusqu'à ce qu’ils arrivent réellement au pouvoir (c’est arrivé très vite, en 1791 et surtout en 1795).

Elémentaire

Au fond c’est logique. Le système idéal imaginé par les libéraux s’appelle… le capitalisme. En matière politique, ils souhaitaient une monarchie constitutionnelle (comme en Angleterre, leur modèle déjà à l’époque), et surtout pour eux le pouvoir devait être proportionnel aux richesses (considérant que celles-ci reflètent le travail et le mérite) et non octroyé par des privilèges de naissance. Ils étaient donc pour l’abolition des privilèges des nobles, mais aussi pour le suffrage censitaire2. En matière économique, c’est aussi le niveau de richesses et non l’appartenance à un corps de métier ou une nationalité qui devait pour eux déterminer le pouvoir de chacun. Abolition donc des corporations, des douanes, etc., et décision au sein des entreprises sur le modèle « 1 billet = 1 voix » (ce qui est toujours le cas actuellement sans que cela choque grand monde)3.

On voit donc que les libéraux n’étaient ni républicains ni franchement démocrates (puisqu’en démocratie c’est « 1 personne = 1 voix »). Ils étaient pourtant de gauche, parce que toutes ces revendications constituaient déjà un changement de société, et étaient farouchement combattues par les conservateurs, qui voulaient garder intégralement l’ancien régime.

Mais une fois au pouvoir, ils ont pu appliquer la totalité de leurs idées. Monarchie constitutionnelle, suffrage censitaire, capitalisme… Le XIXème siècle tout entier permis aux libéraux d’obtenir tout ce qu’ils voulaient, et donc de devenir de droite, puisqu’à leur tour ils défendaient le système actuellement en place et combattaient tous ceux qui voulaient continuer à le changer (donc la gauche). Les réactionnaires, quant à eux, s’ils n’acceptaient pas le libéralisme et souhaitaient revenir à l’ancien régime, étaient évidemment encore plus horrifiés par les revendications de la gauche, qui allaient bien plus loin. Les libéraux devenaient donc leurs alliés objectifs. Cette évolution des libéraux s’est traduite politiquement, par le rapprochement puis l’alliance avec les réactionnaires, et même physiquement, par leur déplacement vers la droite de l’hémicycle.

Ainsi, être de droite ou de gauche, ce n’est pas une question de parti ou d’étiquette. C’est une position idéologique :

  • On est de gauche lorsqu’on souhaite changer le monde, créer une société différente.
  • On est de droite lorsqu’on se contente du monde tel qu’il est, ou qu’on souhaite le faire revenir en arrière.

On remarquera au passage que le centre est un concept absurde, puisqu'il supposerait de ne pas se contenter du monde tel qu'il est ni vouloir le faire revenir en arrière mais sans vouloir non plus le changer. Le centre ne peut donc être défendu que par des gens n'ayant rien compris à la signification des concepts de gauche et droite, ou par des gens qui ne veulent pas avouer ce qu'ils sont.

Erreur sur la marchandise

Le philosophe Alain disait : « Quand quelqu’un s’interroge sur la réalité du clivage entre la droite et la gauche, je sais qu’il est de droite », car effectivement les premiers à avoir intérêt à nier ou atténuer les clivages sont ceux qui souhaitent que rien ne change, donc les gens de droite. Pourtant, de nos jours, de nombreuses personnes qui ne sont pas forcément de droite ne comprennent plus le clivage gauche/droite. Il faut dire que les évolutions idéologiques du XXème siècle ont tendance à brouiller les cartes.

A droite, toute une nouvelle école de pensée apparue au sein du libéralisme durant le XIXème siècle consiste à s’approprier les symboles de la gauche pour gagner le soutien du peuple, tout en pratiquant dans les faits une politique tout autant libérale voire parfois réactionnaire. Il s’agît du Bonapartisme, auquel j'ai consacré un texte détaillé.

A gauche, le destin du libéralisme s’est à nouveau produit plusieurs fois : avec le « radicalisme », puis la « social-démocratie ». L’une comme l’autre ont été largement au pouvoir (les radicaux au début du XXème siècle, les sociaux-démocrates pendant les 30 glorieuses4), ont appliqué très largement leurs idées, et ont donc renoncé naturellement à changer le monde, pour s’attacher simplement à conserver celui qu’ils ont construit5. Ils sont donc, par définition, devenus de droite, mais une partie des radicaux (les radicaux de gauche) et la quasi-totalité des sociaux-démocrates refusent toujours de le reconnaître et de l’assumer publiquement6. En France c’est même pire ! Non seulement le PS refuse d’admettre qu’il est désormais de droite, mais il refuse même d’admettre qu’il n’est plus socialiste depuis longtemps, mais bel et bien social-démocrate voire démocrate tout-court (un autre nom des radicaux) pour son aile droite. Ce qui ne l’empêche pas de suivre ses penchants naturels en cherchant des alliances avec les libéraux et démocrates (chrétiens-démocrates, même) du Modem7. Le détail des idéologies de gauche fera lui aussi l’objet d’un prochain texte.

Alors forcément, quand une partie de la gauche est de droite sans se l’avouer, tandis que la droite se déguise, il devient difficile de s’y retrouver…

La solution ? Distinguer les étiquettes politiques des idées. Car dans tous les pays, de tous temps, et quelle que soit l’évolution des partis et des idéologies, il y aura toujours des gens pour vouloir changer le monde, et d’autres pour vouloir les en empêcher.

notes

  1. La « Déclarations des droits » de l’Etat de Virginie aux Etats-Unis, puis la « Déclaration des droits de l’homme » contenue dans la déclaration d’indépendance américaine. [retour]
  2. Le suffrage censitaire est un système qui ne donne le droit de vote qu’à ceux qui paient un cens, c'est-à-dire un certain niveau d’impôt. C’est donc un système ou seuls les riches ont le droit de vote. [retour]
  3. Bien sur, les libéraux étaient des bourgeois et ce n'est donc pas un hasard si ce système politico-économique donne le pouvoir… aux bourgeois. [retour]
  4. Période allant des années 1950 au début des années 1970, où l’occident appliquait une politique keynésienne (du nom de l’économiste John Maynard Keynes, le gourou des sociaux-démocrates), et considérée comme une période prospère. [retour]
  5. ou à le défendre face au libéraux qui depuis leur retour dans les années 1970 tentent de le mettre en pièce pour revenir à leur propre idéal, le monde du XIXème siècle. [retour]
  6. Mis à part Tony Blair et Gerhard Schroeder qui, à défaut de s’assumer de droite, parlent de troisième voie (comme Bayrou). On peut au moins leur reconnaître d’être plus francs que leurs petits camarades. [retour]
  7. Pour clarifier ce qu'est réellement le Modem (« MOuvement DEMocrate », que Bayrou s'échine à placer « au centre ») il faut savoir qu'il est fondateur du « Parti démocrate européen », qui lui même participe au groupe parlementaire « Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe ». D'autre part, l'autre nom du « Nouveau Centre », fondé par ceux des (anciens) amis de Bayrou qui ne pouvaient se résoudre à ne pas gouter au pouvoir pendant encore 5 ans, est « Parti social-libéral européen ». Des démocrates, des libéraux, deux idéologies passées à droite depuis longtemps, donc le « centre », en France, est de droite. [retour]
Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2011 15:59